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Audrey Baulieu : son combat pour la vaccination des enfants démunis

Les visages de Montréal CoWork

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », la célèbre devise de Mahatma Gandhi, Audrey l’a faite sienne. Après des années de voyage autour du monde et de travail de terrain dans l’humanitaire, elle souhaite, par son projet de doctorat, démocratiser la vaccination chez les plus jeunes. 

 

« Les espaces de coworking, on était déjà vendus à l’idée », lance Audrey Baulieu dans un grand éclat de rire. 
 

Audrey, infirmière de formation et aujourd’hui consultante en développement international pour GAVI, l’Alliance du vaccin, est arrivée depuis septembre dans les murs de Montréal CoWork. 
 

Alors que son mari, Danny Forest, est propriétaire de l’espace IDEAL Coworking dans le quartier de Saint-Henri, Audrey a choisi de travailler à Montréal CoWork. Un choix guidé par souci de proximité et de commodité, puisque MCW est situé à côté de l’école alternative Arc-en-ciel, où est inscrit son fils.

Après des années de travail dans l’humanitaire, dans des zones de conflits, Audrey et sa famille avaient besoin de s’ancrer plus près de la famille, à Montréal. 
 

Après une enfance partagée entre Lanaudière et l’Outaouais, elle entreprend ses études pour devenir infirmière au Cégep de l’Outaouais à Gatineau, et puis à l’Université de Montréal. Elle se lance ainsi dans une vocation qui lui tient à cœur : aider et soigner les autres. 
 

Après des années passées en milieu hospitalier, dont huit ans aux urgences et aux soins intensifs, son mari et elle se lancent dans un tour du monde d’une année. De ce voyage naîtra l’envie de faire plus, et surtout d’apporter leur pierre à l’édifice de la justice sociale. 

 

Tour du monde et retour à la réalité 

« On a eu la chance de travailler dans une ONG en Inde, c’est mon premier contact avec la santé publique », relate Audrey. Ils y découvrent d’autres conditions de vie et sont témoins d’aberrations encore en vigueur de nos jours. 
 

« 23 % des jeunes filles arrêtent l’école en raison de leurs règles. Elles manquaient l’école une semaine par mois, car au-delà du tabou, elles n’avaient pas de toilettes pour se changer, se laver les mains et n’avaient pas de serviettes sanitaires », décrit Audrey. 
 

Leur tour du monde se poursuit : après avoir sillonné l’Europe, la Turquie, le Maroc, et travaillé comme bénévoles au Cambodge et en Corée du Sud en échange d’un toit pour dormir, le retour au Canada, à Toronto, est violent. 
 

« Après avoir vu des enfants mourir de pneumonie, de diarrhée, tu te dis : pourquoi ? Comment ? Alors que nous, ici, on a toutes les richesses », poursuit-elle.
 

Le sentiment d’injustice et surtout l’inégalité d’accès aux services font naître un sentiment d’impuissance, d’inutilité et de décalage profonds. « Cela nous a profondément changés. On a pris conscience de nos privilèges », reconnaît-elle. Audrey et son mari pensent alors déjà à repartir. 
 

Le besoin d’aider les autres ne relève pas ici de la charité, mais bien d’apporter de la cohérence dans un monde qui en fait cruellement défaut. 

 

L’engagement humanitaire, réponse à l’inégalité sociale 

C’est par le biais de Médecins sans Frontières, fin 2016, avec des missions de six mois, qu’Audrey choisit d’aider les autres. 
 

Elle enchaîne les expériences entre 2017 et 2019 comme responsable des soins infirmiers, dans des zones vraiment à risque. 
 

« Dès ma première mission, j’ai été dans une zone de vaccination, dans une zone de conflits. La République centrafricaine est en conflit depuis 2013.

La campagne de vaccination, c’était du rattrapage : il n’y avait plus de groupes armés dans cette partie du pays, mais les enfants étaient vaccinés à seulement 20 % en raison des interruptions incessantes des services de soins de santé », explique-t-elle. 
 

Si Audrey devient accro au terrain, elle finira par rentrer en 2019, au Québec, pour fonder sa famille. Elle travaillera à titre d’infirmière conseillère pour la vaccination auprès des Cris de la Baie-James (Eeyou Istchee).

Audrey mène alors tout de front : sa maîtrise en santé publique, son travail et son premier enfant, un petit garçon. Des années d’une intensité folle qu’elle ne s’explique toujours pas. 

 

Actrice de changement à travers la recherche 

Si, en ce moment, Audrey ne pratique plus sur le terrain, elle travaille de Montréal CoWork à son doctorat, dont l’expertise porte sur la vaccination, avec pour projet : « les enfants Zéro-Dose ». 
 

« Ce sont des enfants qui n’ont jamais reçu aucun vaccin de routine. Ils sont 14,2 millions dans le monde, notamment dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire », décompte-t-elle. 
 

Audrey l’a bien vu, au fil de toutes ces années : l’importance du vaccin permet l’éradication de nombreuses maladies et contribue à la bonne santé d’une société tout entière. 
 

« Il ne devrait plus y avoir d’enfants laissés pour compte dans les pays à revenu faible et intermédiaire », lance Audrey dans un cri du cœur. 
 

Les chiffres sont éloquents : selon elle, presque un tiers des décès des enfants de moins de cinq ans dans les pays à faible et moyen revenu sont des enfants dose ». Car ces enfants font face à d’importantes barrières d’accès aux services de vaccination et autres services essentiels offerts par leur gouvernement.
 

Ironiquement, le Canada a connu récemment une résurgence de la rougeole et a perdu son statut d’élimination de la maladie. La raison : une baisse des taux de vaccination alimentée par la désinformation, même si on sait très bien que le vaccin est sûr et efficace. 
 

Généralement, si la vaccination contre les maladies infantiles ou plus graves est rendue un acquis banalisé dans nos pays du Nord, riches et développés - car ces maladies comme la polio, la diphtérie ou la coqueluche ne circulent plus autant qu’auparavant - on voit clairement les ravages qu’elles peuvent causer et l’utilité de la vaccination dans d’autres pays où de nombreux enfants ont une vaccination incomplète, comme le Nigéria, le Pakistan, l’Inde, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine et l’Éthiopie. 
 

Aujourd’hui, forte de son vécu et de tout ce qu’elle a vu, Audrey fait de la vaccination son cheval de bataille. Le voyage lui a tant appris, au point de lui révéler sa mission de vie. 
 

« Peu importe où tu vas dans le monde, tu vas rencontrer des gens fantastiques, tu auras des échanges qui t'emmèneront à voir les points communs dans l’humanité », relate-t-elle. 
 

Et c’est ce point commun, l’altérité, se voir dans l’autre, qui fait qu’Audrey souhaite aider les enfants à accéder à des vaccins de premier soin. Non seulement  Audrey a pris sa place, comme lui enseignait enfant son grand-père, mais elle l’a trouvée en contribuant à sa manière à changer les choses.
 

Article : Hélène Lequitte