
Colloque Coworking Québec : de l'émulation à la « coopétition » ?
Boite à outils des entrepreneursL'année 2024 sera à marquer d'une pierre blanche pour les espaces de coworking québécois. Pour la première fois, le 24 avril dernier, l'organisme à but non lucratif Coworking Québec a rassemblé une bonne partie de l'écosystème avec pas moins d'une trentaine de ses représentants, au 4388 rue Saint-Denis, à Montreal CoWork. De la compétition à la coopération n'y a-t-il vraiment qu'un pas ? En attendant, le marché évolue et la concurrence des bailleurs de bureaux se fait sentir.
« Ce qu'on veut faire, c'est coopétitionner, collaborer plutôt que de ne pas se parler ou peu », explique Ian-Patrick Thibault, président de l'association Coworking Québec depuis 5 ans et propriétaire de Coworking Rive-Sud, depuis 8 ans.
Ce dernier défend depuis longtemps l'idée que les espaces de coworking devraient travailler ensemble, et ce, dans leur intérêt. Initier un colloque avec tous les protagonistes dans la même pièce était le meilleur moyen de s'apprivoiser et d'échanger sur les bons coups, les meilleures pratiques ou bien encore les défis.
Premier colloque, premiers contacts
Dès 9 heures, la journée commence. Les représentants d'espaces de coworking arrivent de Montréal, de Québec et même de partout en région. Si certains se connaissent bien, d'autres se connaissent juste de nom : Hedhofis, Ecto, Nomad Coliving, Cascara station, Station Québec ... Les noms circulent et la liste est longue. C'est l'occasion de mettre enfin un visage sur ses voisins/compétiteurs.
« C’est sûr que c'est intéressant de voir la réalité des autres entrepreneurs, des autres espaces de coworking, ça nous permet de jauger où on se positionne par rapport à ces gens- là, de connaître les bons coups, les moins bons coups. C'est une période d'échange et d'apprentissage pour moi », résume Patrick Loiselle de Aubureau.co.
La première conférence débute sur l'histoire de Frédéric Deshaies de Hedhofis avec son témoignage sur un espace de coworking québécois à succès. Les anecdotes ne manquent ni de réalisme ni de piquant. Comme tous les entrepreneurs, il faut bien commencer quelque part, prendre des risques et même se mettre à douter. « Je n'avais aucune idée de comment j'allais remplir ces espaces de bureau », partage-t-il au moment de se lancer. Un sentiment que beaucoup dans la salle connaissent pour être déjà passés par là, ou expérimentent encore aujourd'hui.
Puis, s'est enchaîné un panel sur la gestion de crise, mettant en lumière trois histoires singulières. Geneviève Boisvert de Cascara station est venue témoigner des défis de gestion alors qu'elle était seule à la barre de la direction, dès les premiers mois d'opération. Riad Terki de l'espace Ecto, a été, lui, obligé de fermer durant 2 ans son espace de coworking suite à un incendie dévastateur.
Enfin, l'histoire rocambolesque de « chasse à l’homme » de Maria Kinoshita de Nomad Coliving. Cette dernière sera amenée à se pencher sur les enjeux de santé mentale de ses coworkers/colivers (locataires de chambre), lorsque l’un d'entre eux, à l'équilibre mental fragile, disparaît dans la nature sans laisser de trace. Le retrouver devient alors sa responsabilité personnelle. L’individu est recherché par la police à travers le Québec et finira par être localisé en Ontario.
La valeur ajoutée des coworkings
Quand on gère un espace de coworking, tous les cas de figure sont à envisager ou presque. Mais au final, il devient ce que l'on décide d'en faire. Pour Laura Coulary, gestionnaire de communauté de la station Québec, la force des coworkings c'est le visage humain que l'on met derrière l'entreprise.
« Ce qui revient lors des échanges, c'est la convivialité, avec les petits déjeuners, les 5 à 7, les ateliers. C'est le plus que l'on apporte à l'entrepreneur ou au travailleur autonome qui diffère de son travail derrière son ordinateur », explique-t-elle.
« On est un vivier fort d'entrepreneurs qui donnent beaucoup d'énergie à la construction des entreprises des autres et qui forgent par leur expérience un concept qui varie entre le bien- être de l'entrepreneur et l'équilibre d'une entreprise viable », ajoute-t-elle.
Durant les ateliers les participants se sont lancé le micro en forme de cube, en mode ambiance Startup, pour échanger justement sur ces questions ou concernant la gestion des membres, les meilleures pratiques, les logiciels à utiliser.
La zone d'ombre magique des courtiers
Une des bonnes surprises de ce colloque reste la conférence de Nari Aznavour, de CBRE, concernant le rôle aussi inattendu que stratégique des courtiers en matière de relation d'affaires.
Leur rôle consiste à trouver pour leurs clients la meilleure solution au meilleur prix. Besoins, défis, rien ne leur échappe, ils connaissent très bien la topographie du marché. Une information précieuse qui permet de démarcher de nouveaux clients et d’entrer en contact avec eux. Elle constate que depuis la pandémie, les locataires de bureaux cherchent moins d'espace. « Les entreprises qui prenaient par exemple 30 000 pieds carrés aujourd'hui prennent 10 000 pieds carrés, car il y a beaucoup plus d'employés qui travaillent de la maison; le work from home, le hybride, c’est la norme », explique-t-elle.
L'avantage que les espaces de coworking offrent, c’est un concept clé en main, avec le côté humain en prime, à mi-chemin entre le bureau et la maison. La société évolue et les environnements de travail suivent la tendance.
Cependant, une incompréhension persiste entre les espaces de coworking et les courtiers. Chacun se connaît mal ou sous-estime le travail de l'autre. « Est-ce que les courtiers savent que tu existes, en quoi tu te différencies d'un autre, pourquoi ils te référenceraient ? Les éduquer sur qui vous êtes et comment vous vous différenciez, c’est ça la clé », résume-t-elle.
En attendant, Nari Aznavour pense que les espaces de coworking sont tous complémentaires, à l'instar de Francis Talbot, co-fondateur et numéro un de Montréal CoWork. « La variété de tous les espaces de coworking a toute sa pertinence. Notre espace ne peut pas plaire à tout le monde il va plaire à certains types de personnes de l'industrie. Chaque propriétaire d'espace va créer son ambiance et c’est là où toute la magie opère », souligne-t- il.
Alors de la compétition à la coopération, n'y a-t-il qu'un pas ?
« Je crois profondément qu'il y a une avenue intéressante pour le coworking qui est bien plus que juste des espaces de travail, mais vraiment le côté communauté », conclut Francis Talbot
Hélène Lequitte
Crédit photo: Hélène Lequitte
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