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Didier Gribeauval : des cuisines étoilées à la stratégie digitale

Les visages de Montréal CoWork

D’artisan de la haute gastronomie dans les Relais & Châteaux à entrepreneur visionnaire, Didier a su allier passion culinaire et sens des affaires. La rigueur, la discipline et la curiosité sont des  ingrédients qui lui ont permis de cheminer vers un succès aussi inattendu qu’éclatant. Ce succès  porte un nom : Foodmoods. Retour sur un parcours aussi atypique qu’inspirant. 

 

« Tu ne construis rien sans discipline », assure Didier. Et il en sait quelque chose. Avant de lancer son  concept novateur, Foodmoods, une société française d’intégration e-commerce pilotée depuis Montréal  et basée à Paris, aidant les commerces indépendants à gagner en visibilité sur les plateformes de  livraison à domicile, il en aura parcouru du chemin.  

 

Si réussir dans le monde des affaires n’était pas un plan de carrière en soi, son succès entrepreneurial  n’est pourtant pas le fruit du hasard, mais celui de l’effort constant et de l’écoute de soi.  « Je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs », explique-t-il. Quand on lui demande comment tout a  commencé, il donne cette réponse étonnante : « très jeune, j’ai toujours rêvé de devenir chef cuisinier. »  

 

Montréalais de naissance, Didier décide, à l’âge de 19 ans, de partir pour la France poursuivre son  rêve : apprendre auprès des plus grands restaurateurs du monde. Il fera ses armes dans des maisons  prestigieuses comme l’Arpège ou Lameloise, où l’héritage gastronomique se mêle à l’héritage  historique.  

 

C’est dans un Relais & Châteaux vieux de 500 ans, à Chagny, en Bourgogne, noté trois étoiles au  guide Michelin, que la quête de soi commence. « Le travail artistique de dresser une assiette, le rush,  l’adrénaline de servir les clients le soir, mais aussi de voir toutes les strates sociales qui composent les  restaurants gastronomiques », dépeint-il, sont autant d’éléments qui le fascinent et lui enseignent l’art  du produit fini.  

 

Apprendre des meilleurs signifie plusieurs choses : rigueur, cadence, discipline, organisation, routine  pour tendre vers rien de moins que l’excellence. Le service doit être à la hauteur d’un cadre prestigieux  où, historiquement, la noblesse voyageant de Paris à Lyon venait se restaurer.  

 

« Arriver tous les matins avec ton uniforme blanc, repassé, sans tache, à 8 h, travailler toute la  préparation jusqu’à 14 h, rentrer chez soi vers 15 h, faire une sieste, retourner au travail vers 17 h et ce  jusqu’à 1 h du matin, enseigne la constance », résume-t-il.  

 

Si le dépassement de soi est déjà bien ancré, avec un rythme effréné oscillant entre 60 et 70 heures par  semaine, cet entraînement intensif des arts de la table sera une véritable école de la vie pour la suite de  son parcours. 

 

Changement de cap  

Au bout d’un certain temps, Didier ne se projette plus dans cet univers de gastronomie de luxe. « Tu  travailles tard le soir, le week-end — et ça, quand les autres s’amusent », résume-t-il. Il amorce alors un  virage à 180 degrés, direction le Moyen-Orient, qu’il sillonnera pendant un an.  

 

De la Turquie en passant par Chypre, Israël et la Palestine, il dort dans sa tente, fait du bénévolat et  travaille dans des champs de lavande. La fameuse maxime de Socrate, « Connais-toi toi-même »,  Didier ne pouvait pas mieux l’expérimenter, voire l'apprécier.  

 

« J’avais 24 ans et je ne voyais pas la prochaine étape ; pour moi, c’était abstrait », se remémore-t-il.  Finalement, la magie du voyage opère et aura un effet inattendu : le conduire à cheminer  intérieurement.  

 

« J’ai trouvé une première idée pour une première boîte que j’ai lancée à Bangkok : faciliter le transport  interurbain grâce à une application mobile pour les touristes », explique-t-il. Si l’idée ne fonctionne pas  comme prévu, c’est la première étape vers l’entrepreneuriat international.  

 

Très vite, il se met à la recherche d’un employeur en foodtech, où ses connaissances en gastronomie  combinées à son expérience des startups seront une valeur ajoutée unique.  

 

L’ingrédient manquant dans l’industrie « Food »  

Il travaillera pour Deliveroo, une entreprise de livraison de repas à domicile cotée à la Bourse de  Londres et faisant partie du FTSE 250. Basé à Lyon, il commence comme Business Development  Manager afin de développer les opérations à sur la Côte d’Azur de Marseille à Nice. Puis il terminera  Head of Virtual Brands à Paris, responsable de définir et déployer la stratégie commercial de Deliveroo  des restaurants virtuels en France, où l’image de marque n’existe qu’en ligne.  

 

Il quittera Deliveroo à une date bien précise et symbolique : le 11 mars 2020, jour où la COVID-19 est  déclarée pandémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé. La planète se met à l’arrêt — et  marque le début de Foodmoods.  

 

« J’ai vu une opportunité unique d’accompagner des restaurateurs et des commerces sur les plateformes  de livraison à domicile, pour s’activer sur Deliveroo et Uber Eats, créer une marque virtuelle,  franchiser des commerces indépendants pour qu’ils opèrent juste sur ces plateformes », résume Didier.  

 

Aujourd’hui, pari réussi. « On gère entre 200 et 300 commerces », explique-t-il. Devenu actionnaire  majoritaire de l’entreprise qu’il a cofondée, Didier pilote son entreprise, basée à Paris, depuis  Montréal CoWork.  

 

L’espace ouvert du coworking lui a d’ailleurs permis de faire une rencontre clé : celle d’un développeur  spécialisé en extraction de fiche de contact qualifiés. Didier lui confie immédiatement un contrat, y  voyant une autre opportunité : faire grossir son portefeuille clients en France.  

 

« Il faut voir Foodmoods comme une machine vivante qui repère, attire et accompagne les commerces  de proximité — épiciers, boulangers, cavistes — pour les intégrer sur Uber Eats. », résume-t-il. 

 

Aujourd’hui, ce que Didier a appris en restauration gastronomique, il le transpose dans le monde digital  : chaque détail compte, chaque geste construit une œuvre plus grande que soi et mène vers un succès  auquel il n'aurait au final jamais imaginé.  

 

« La constance et la rigueur, c’est ça qui va te permettre de pérenniser les choses. Si tu as des excès et  qu’après tu arrêtes, tu auras du mal à faire quelque chose de pérenne ».

 

En attendant, « Foodmoods, ça  va continuer à grossir », prévoit-il. « On est en France, mais on va s’étendre en Belgique, en Espagne et  au UK c’est une question de temps », partage-t-il. 

 

Crédit article : Hélène Lequitte