
Ipsita Malhotra : de Delhi à Montréal, le français en héritage
Les visages de Montréal CoWorkIpsita Malhotra, 30 ans, est devenue professeure de français à l'Alliance française de Montréal. Si apprendre la langue de Molière est un choix qui a tracé son avenir, à l'heure où le Québec peine à répondre aux besoins de francisation de ses nouveaux arrivants, elle montre aujourd'hui la voie aux autres.
Il n'est pas rare d'entendre résonner le bruit des talons hauts d'Ipsita dans les couloirs de Montréal Cowork. L'Alliance française y a ses quartiers depuis sa réouverture officielle en octobre 2023, et ce, après 20 ans d'absence. Petite, les cheveux bruns, les yeux marron, Ipsita est dotée d’un sourire éclatant et aussi d'une volonté immense. Elle en aura parcouru du chemin pour réaliser son rêve de jeunesse : parler couramment et sans accent le français.
Le français est loin d'être une langue facile à apprendre, notamment lorsque l'on vient d'un pays comme l'Inde où, à l’exception de Pondichéry, il existe très peu d’histoire commune avec la francophonie.
Son lien avec le français commence au secondaire, une option qu'elle choisit à défaut du sanscrit, une langue utilisée seulement par l'élite ou bien parlée dans certains villages. Pourtant, au début, Ipsita n'accroche pas avec la langue. « Je détestais le français à l'école, car l'enseignante nous faisait apprendre par cœur les cours pour nous faire passer l'examen
après », explique-t-elle.
Si les débuts sont difficiles, le déclic se fait plus tard. À 16 ans, elle découvre l'Alliance française de Delhi. Elle découvre une communauté de francophiles, des gens de son pays, mais avec des âges et des parcours variés. Bref, l'Alliance française lui montre un visage beaucoup plus cosmopolite du français, bien loin des cours poussiéreux du secondaire.
Ce nouvel environnement l'encourage à entamer une licence de français à l'Université de Delhi, puis un master didactique FLE (Français langue étrangère et linguistique). En seconde année de master, le goût de transmettre et d'enseigner la langue lui vient très vite, mais à une condition : « Je ne veux pas parler le français avec un accent indien. Si je dois représenter cette langue, je veux la parler sans accent », affirme-t-elle. Elle s'en fait un point d'honneur et, pour y arriver, part conquérir la France.
Une langue, une culture, un choc
En 2015, elle pose ses valises à Dijon, capitale de la moutarde et de la grande région Bourgogne-Franche- Comté. À son arrivée, le choc culturel est intense. Cette zone d'inconfort est un vrai défi, mais c'est aussi un accélérateur d'apprentissage. « Dans mon entourage en France, personne ne parlait l'anglais, c'est ce qui m'a vraiment aidée. Quand tu n'as pas le choix, tu apprends », dit-elle.
Mais la marche est haute et le fossé culturel immense. « En Inde, la relation professeur-élève est toujours là pour nous aider », décrit-elle. En France, elle découvre les cours magistraux et une déférence totale au professeur qui dicte une interaction très hiérarchique. Le doute s'installe, mais Ipsita persiste et réussit ses examens. « C'est grâce à mon père si je n'ai pas laissé tomber », dit-elle le regard brillant, un large sourire posé sur les lèvres.
Après un passage par l’Alliance française de Toronto, Ipsita élit domicile à Montréal. En octobre 2023, elle devient la toute première employée de l'Alliance française de la ville. Aujourd'hui au Québec, la francisation est un passage obligé pour s'intégrer et le nombre de demandes pour immigrer bat des records. Si le français a tracé la voie pour Ipsita et lui a ouvert des portes, c'est aussi l’héritage que son père lui a laissé et qui lui donne le goût de partager.
« Pour moi, l'enseignement ce n'est pas juste un travail, ça sera toujours une passion, j'enseignerai toujours le français », conclut-elle. L'étudiante qui est devenue professeure veut montrer que le français n'est pas juste une langue mais bien une porte ouverte sur le monde.
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