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L'art toy comme terrain de jeu : le parcours international de Matthias Pou

Les visages de Montréal CoWork

Hello Kitty, Snoopy, les licornes Tokidoki ou encore les personnages de Warner Bros : ces figurines emblématiques de l'univers de l'art toy sont de véritables mini-œuvres d'art.

Après plus de vingt ans passés entre l'Europe et l'Asie, Matthias Pou a choisi Montréal pour lancer Orion +, un bureau d'études et d'accompagnement technique spécialisé dans l'univers des figurines de luxe. Son port d'attache est désormais Montréal.
 

Installé à Montréal Cowork, il mise aujourd'hui sur la métropole québécoise pour développer ce marché en Amérique du Nord.
 

« Ce qui m'attire le plus, c'est la complexité de l'exécution du projet », lance-t-il sans hésitation lors de notre rencontre à Montréal Cowork.
 

Grand, blond, les yeux clairs, dans la fin de la quarantaine, Matthias se fait discret. Il aime travailler toujours à la même place dans le lounge, au deuxième étage de Montréal Cowork. Son casque sur les oreilles, entouré de ses deux comparses Kevin et Alyssa, il a aujourd'hui ses repères, sa routine et ses amis du cowork.
 

Particulièrement sensible à l'ambiance, il se sent chez lui dans cet espace de travail partagé.
 

C'est par hasard qu'il découvre Montréal Cowork.

« Se retrouver dans une ville que tu ne connais pas, surtout quand tu travailles de la maison, ce n'est pas évident. Ici, c'est un espace où tu peux facilement rencontrer des gens », explique-t-il.
 

Aujourd'hui, Matthias dirige Orion + et accompagne artistes, marques et détenteurs de licences dans la conception et la fabrication de figurines de collection.
 

« Tu veux créer un objet promotionnel, artistique ou technologique, comme une figurine de luxe de style pop culture. Tu ne sais pas comment t'y prendre, tu as besoin de quelqu'un qui peut t'épauler sur la direction artistique, la modélisation 3D ou l'ingénierie du projet. Tu viens nous voir et on apporte cette expertise de conseil et de suivi de projet pour toi », décrit-il.
 

Une expertise qui ne s'est pas construite du jour au lendemain.

 

De la Normandie à l'Asie
Avant d'arriver à Montréal à l'été 2024 et de monter sa propre entreprise, Matthias s'est forgé une solide expérience au travers de nombreuses aventures professionnelles à l'étranger.
 

Originaire de Normandie mais né au Mans, son parcours débute dans un tout autre univers.
 

« Mon premier job, c'était chez Norbert Dentressangle, un transporteur routier », se rappelle-t-il. « Je faisais de la recharge de camions dans le nord de l'Angleterre vers le sud de l'Europe. C'était mon métier. »
 

Formé initialement en électronique et titulaire d'un DUT en gestion logistique et transport, l'envie de monter à Paris se fait rapidement sentir. S'il travaille dans ces deux secteurs, il évolue très vite dans un univers bien différent : celui de l'édition du livre, du magazine et de l'impression d'objets.
 

De fil en aiguille, Matthias se spécialise et se découvre un véritable engouement pour l'objet.
 

« J'ai réussi à me bâtir une expérience... ce que j'ai le plus développé, c'était le côté artistique », partage-t-il.

Il se passionne alors pour les différents courants créatifs associés aux objets et aux figurines.

« Il y avait plein de références culturelles de différents milieux. C'est du cross-culture à tous les étages. Ça relie le street art, le pop art et le monde du luxe », dépeint-il.

En 2004, il part pour Londres pendant quatre ans afin de développer le marché anglais.

« En Angleterre, j'ai développé des relations commerciales très fortes avec des éditeurs anglo-saxons... mais le constat après quatre ans sur place, c'est que les pays anglo-saxons avaient une facilité à travailler avec l'Asie en direct que n'avaient pas, ou peu, les Français dans les petites boîtes d'édition », explique-t-il.

De là, il décide de partir pour la Chine continentale, direction Shenzhen. Pour lui, être en Asie et pouvoir gérer directement les clients britanniques depuis là-bas constitue un avantage majeur et une décision stratégique évidente.

Cinq ans passent encore. L'expérience s'accumule et l'envie d'évoluer le reprend. À cette période, « je travaille pas mal sur le marché japonais », reconnaît-il.

Si la Chine représente alors un marché de fournisseurs, le Japon constitue clairement un marché client. Matthias refait ses valises et part avec toute sa famille trois ans au pays du soleil levant, direction Tokyo.

« Après Tokyo, j'ai passé huit ans à Hong Kong. À cause de la COVID, ça a été plus long que ce qui était prévu car, à l'origine, je voulais rentrer en Europe... C'est à partir de la pandémie que j'ai réalisé que j'avais envie de faire des choses très différentes. »



Le déclic
Si la pandémie lui fait réaliser qu'il souhaite voler de ses propres ailes professionnellement, l'envie de s'installer au Québec a déjà germé.

L'été 2024 marque le déménagement vers Montréal. Une nouvelle vie commence.

« J'ai passé beaucoup de mon temps dans de grosses villes très compétitives où il fallait performer, où la norme était la réussite sociale et financière. Je pense qu'au bout d'un moment, je n'en avais plus envie. Et j'ai trouvé que Montréal était un bon compromis là-dessus. »

 


Montréal, terre de réalisation
Montréal représente non seulement un compromis de vie, mais aussi un écosystème idéal pour son entreprise.
 

Historiquement, la ville a toujours attiré les artistes, notamment grâce à un coût de la vie plus abordable que celui de Toronto, Vancouver, New York ou Paris.


Première ville d'Amérique du Nord à avoir obtenu le titre de « Ville UNESCO de design » en 2006, Montréal valorise depuis longtemps l'expérimentation, l'expression artistique et le design sous toutes ses formes.

Aujourd'hui, Matthias travaille tantôt avec des artistes graphiques, tantôt avec des tatoueurs qui possèdent leur propre univers visuel et souhaitent créer des objets autour de leur art.

« Beaucoup de gens cherchaient de nouveaux médias pour s'exprimer et n'avaient pas les capacités industrielles pour arriver à trouver de nouveaux produits ou de nouvelles façons de faire les choses », constate-t-il.

Une autre partie de sa clientèle possède les licences pour fabriquer des figurines de type Hello Kitty ou  Warner Bros, mais ne maîtrise pas nécessairement les procédés de fabrication.

« Ce qui paraît simple et épuré est complexe à faire », admet-il.

Car réutiliser le procédé créatif d'un artiste pour dupliquer une mini-œuvre d'art de la pop culture relève souvent du défi technique.

 

Décloisonner les univers artistiques
Fort de son expérience internationale et conscient de la richesse de l'écosystème montréalais, Matthias souhaite aujourd'hui rassembler différents artistes sur une même plateforme.

« Il n'y a pas d'endroit à Montréal qui regroupe physiquement des artistes d'horizons différents. Tu vas avoir des galeries spécialisées dans l'art contemporain ou dans d'autres formes d'art, mais tu ne vas pas avoir un endroit qui peut regrouper le street art, le graffeur, le tatoueur, l'artiste », constate-t-il.

Son intérêt est clair : essayer de décloisonner l'univers artistique underground et urbain de Montréal.

« Il y a plein de notions culturelles différentes dans le street art, des subcultures variées. Des grandes marques de luxe vont s'associer avec un graffeur, parfois même avec le milieu de la musique.


Souvent, ce sont ces artistes qui deviennent ensuite connus. C'est là où c'est intéressant pour nous », explique-t-il.
 

Aujourd'hui, ses clients sont essentiellement au Japon et en Europe. Depuis Montréal Cowork, Matthias s'appuie sur son solide réseau de partenaires techniques et de sous-traitants pour concrétiser les projets qui lui sont confiés.
 

L'espace de coworking de la rue Saint-Denis est devenu le théâtre de ses ambitions.

« Au cowork, j'ai rencontré plein de gens, de générations différentes, qui eux aussi sont pleins d'énergie et qui ont un message positif », partage-t-il.
 

Si le talent d'un entrepreneur consiste à voir les besoins là où d'autres ne les voient pas, sa plus grande réussite est peut-être d'avoir trouvé le sien : évoluer dans un secteur dans lequel il aime s'amuser.


 

L'univers de l'art toy
Objets hybrides, les art toys se situent à la croisée de l'œuvre d'art, du jouet, du produit dérivé et de l'objet de consommation. Créés par des artistes mais produits et diffusés selon des méthodes proches du design ou du produit dérivé, ils expriment également l'univers personnel de leur créateur.

L'un des plus célèbres au monde s'appelle Companion. Créée en 1999 par KAWS, cette figurine s'inspire de Mickey Mouse et se distingue par ses yeux en forme de « X ». Pourquoi ce marché existe-t-il et pourquoi fascine-t-il autant ?

 

Pendant longtemps, une frontière nette séparait l'Art avec un grand A — les peintures de musée, les sculptures de maître ou les œuvres considérées comme nobles et prestigieuses — des objets populaires comme les jouets, les figurines, les produits dérivés ou les gadgets vendus en boutique.


Aujourd'hui, l'art toy casse cette séparation. Très populaire auprès de la génération Z et des millennials, le marché mondial de l'art toy représenterait aujourd'hui 13,4 milliards de dollars et pourrait atteindre 19,5 milliards de dollars d'ici 2027, selon des données relayées par Le Quotidien de l'Art.

Aux yeux du public, l'art toy peut être perçu à la fois comme un jouet, une sculpture, un produit marketing ou un symbole culturel. Son caractère multiforme contribue à ce que certains observateurs qualifient de « gadgétisation de l'objet d'art ».


Crédit article : Hélène Lequitte