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Marie-Pier Vaudry : entreprendre pour humaniser le vieillissement

Les visages de Montréal CoWork

D’une épreuve personnelle surgit une idée entrepreneuriale au bénéfice de la santé publique. L’Alzheimer est un mot qui fait peur. Marie-Pier, fondatrice des Éditions Chachacha, a décidé de créer des produits sur mesure pour les personnes atteintes de cette maladie. Cette amoureuse des espaces de coworking nous en dit un peu plus sur un cheminement professionnel qui s’est mué en une passion inattendue : le vieillissement.

« Elle dégage une fraîcheur et une candeur, malgré son expertise sur un sujet grave : la maladie d’Alzheimer », lance Nathalie Dubreuil, génératrice de courant collaboratif à Montréal CoWork.

Empathique, généreuse, sociable, ce qui frappe d’emblée chez Marie-Pier, c’est sa lumière et sa douceur. « J’adore être en sa compagnie », ajoute Nathalie.

Pourtant, derrière ses longs cheveux châtains, son regard clair, son grand sourire, sa démarche souple et sa silhouette longiligne se cache une femme entrepreneure d’une efficacité redoutable et à l’agenda bien rempli.

Sans le savoir, son parcours entrepreneurial commence à l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Tout débute en 2009 : sa mère est diagnostiquée avec la maladie d’Alzheimer. Une nouvelle qui tombe comme un couperet, car elle n’a que 58 ans.

« D’ici 15 ans, ces maladies affecteront plus de 1 million de personnes au Canada et 360 100 personnes au Québec, soit une augmentation de 70 %. » Société Alzheimer de Québec

À cette époque, Marie-Pier venait tout juste d’entamer sa carrière professionnelle. « Je n’avais pas encore d’enfants, je travaillais chez Bombardier comme gestionnaire de projets et je revenais de France, où je suis restée trois ans », se souvient-elle.

Si le mot fatalité ne fait pas partie de son vocabulaire, le mot créativité, lui, s’y trouve sans conteste. Depuis 15 ans, Marie-Pier s’est formée de manière autodidacte comme experte en produits pour les personnes atteintes d’Alzheimer — sans même s’en rendre compte.

Les Éditions Chachacha proposent des livres, des jeux et d'autres supports adaptés aux personnes souffrant de troubles cognitifs.

Ce qui est difficile avec cette maladie, c’est la mémoire à court terme. « Ma mère écrivait des pages de notes, car elle ne se souvenait plus des personnages et du fil conducteur du livre qu’elle lisait », explique Marie-Pier. « Ici, c’est illustré avec une image qui rappelle l’action de la page, et chaque page a un thème différent », poursuit-elle.

Le besoin est évident : aider sa mère, mais pas seulement. « Le système de santé ne pourra pas répondre à la demande*. On n’a pas le choix : il faut trouver des solutions pour encourager le maintien à domicile, avec plus de participation sociale des aînés », prévient-elle.

Si le fait de valoriser le vieillissement est né d’un besoin et d’une réalité personnelle, cette situation marque le début de son aventure — et tout cela au sein d’un espace de coworking.


L'entreprenariat dans l'âme
C’est en suivant son conjoint à San Diego, et sans visa de travail, que le déclic survient. « C’était le bon moment, tout concordait. Mon parcours en communication, en gestion… tout s’arrimait pour que ce projet entrepreneurial soit une bonne idée. Et ça venait vraiment du cœur », résume-t-elle.

Force de travail, détermination, vision, créativité, prise de risques et besoin de communiquer : si ces qualités sont essentielles pour tout entrepreneur qui se lance, l’environnement joue aussi un rôle clé.

À San Diego, Marie-Pier est déjà une habituée des espaces de travail partagés et adore le concept.
« J’ai besoin des autres pour survivre », lâche-t-elle dans un éclat de rire. Sortir de chez soi, voir des gens, c’est important. Mais l’intérêt de travailler dans un espace de coworking, quand on possède une entreprise à vocation sociale, c’est aussi l’entourage, tant professionnel qu’humain, qui importe.


L’entraide : l’ADN de Montréal CoWork
De retour au Québec, Marie-Pier s’inscrit en septembre 2024 à Montréal CoWork. Elle y retrouve ce contact humain, professionnel et bienveillant, qui l’aide dans tous ses projets.

« Il y a quelques jours, j’avais besoin que quelqu’un m’aide pour InDesign. J’ai écrit sur Slack, on m’a répondu, quelqu’un m’a sauvé la vie », explique-t-elle, l’air soulagé.

Mais la solidarité ne s’arrête pas au réseau professionnel : elle s’étend aussi à la sphère personnelle. Bénéficier d’un réseau peut alléger un quotidien où la vie de famille s’entremêle à la sphère entrepreneuriale, et où tout se gère de front, quoi qu’il arrive.

Avec Derya, qui a une passion pour la cuisine et prépare des petits plats aux membres du cowork contre rémunération, Marie-Pier a trouvé un bon fit. « Elle me cuisine un plat ou deux par semaine. Ça m’aide à gagner du temps les lundis et mardis soirs, quand mes enfants sont au soccer ou à la gym. Tout est déjà prêt », apprécie la fondatrice des Éditions Chachacha.

Aujourd’hui, Marie-Pier souhaite redonner à sa communauté d’entrepreneurs, idéalement lors d’un lunch and learn, pour mettre de l’avant son expertise. Actuellement, elle termine sa maîtrise en gérontologie à l'Université de Sherbrooke.

« Le vieillissement, c’est devenu une passion. J’ai absorbé toutes ces connaissances et maintenant, on m’engage pour ça », explique-t-elle. Experte, elle l’est devenue assurément.

Son premier livre est devenu un bestseller, vendu à plus de 3 000 exemplaires au Québec. Inarrêtable, elle en a écrit deux autres.

En effet, vieillir n’est pas évident, surtout dans une société qui prône le jeunisme et pratique l’âgisme au quotidien, souvent sans s’en rendre compte. Le fameux « tu ne fais pas ton âge », une phrase utilisée comme un compliment, mais qui suppose que vieillir serait devenir une version moindre de soi-même ?

Au-delà des clichés et des apparences, Marie-Pier a décidé, il y a 15 ans, de mettre sa créativité et sa force de travail au service de la santé et du bonheur des personnes atteintes d’Alzheimer et de leurs proches — car ces derniers vivent chaque jour des échecs.

« Si j’avais un parent qui aurait un besoin dans ce sens, c’est certain que j’irais m’asseoir avec elle pour en discuter et avoir des conseils », conclut Nathalie Dubreuil, génératrice de courant collaboratif à Montréal CoWork.

En attendant, le meilleur conseil que Marie-Pier peut donner est simple : Carpe Diem.

*Les aînés représentent une partie importante de la population, notamment au Québec. Ce sont les fameux baby-boomers, les enfants d’après-guerre.