
Mojo Mustapha, entrepreneur militant : « On peut faire de l’argent en faisant le bien autour de soi. »
Les visages de Montréal CoWorkMojo Mustapha, ancien musulman converti à l’éco-féminisme et
féministe convaincu, fait sans nul doute partie des figures atypiques qui donnent un « je ne sais quoi » de différent dans la communauté de MontréalCowork.
Du curry thaïlandais à la poutine montréalaise, il n’y a qu’un pas pour un globe-trotter comme Mojo Mustapha. En avril 2024, il décide de poser ses valises à Montréal et enfin à Montréal CoWork, juste après avoir passé une bonne partie de l’année sous la moiteur thaïlandaise.
Pourquoi Montréal ? « Car Montréal est la ville la plus européenne d’Amérique », lance-t-il. Cet Américain d’adoption en sait quelque chose.
« Ici, les gens sont ouverts d’esprit quand on parle de sexualité, l’atmosphère y est plus détendue, les femmes sont amicales. Il y a moins d’aspects politiques que sur la scène du dating aux États-Unis », poursuit-il.
Né à Londres en Angleterre, il possède trois nationalités : britannique, américaine et canadienne, et parle aussi couramment anglais, arabe, allemand, japonais et apprend le français.
Son énergie est si contagieuse qu’en l’espace de six mois, Mojo est vite devenu une figure récurrente des activités de Montréal CoWork avec un goût prononcé pour les 5 à 7.
Atypique, il l’est assurément, notamment avec sa capacité à couper un excellent vin rouge avec du Pepsi ou du Seven-Up sous les yeux horrifiés de certains Français membres de la communauté du Cowork.
Mais derrière ce personnage haut en couleur et ce grand sourire se cache une personne de conviction et tout un chemin de vie.
De l’islam au féminisme
« J'ai commencé ma vie en tant que musulman. Lorsque j'étais adolescent, j'ai été incroyablement troublé par l'inégalité flagrante qui régnait au sein de la religion entre hommes et femmes », se remémore-t-il.
À 17 ans, Mojo quitte l’Islam, une décision prise en pleine révolution iranienne de 1979 qui a transformé l’Iran en République islamique.
« Après avoir lu dans les journaux que des femmes s’étaient faites enlever leur rouge à lèvre avec du papier de verre, je me suis demandé : quel est le contraire de cette religion ? »
La réponse, il la trouve au Canada. À Toronto, il décide de s’inscrire à l’université pour entamer des études de sociologie, de sciences politiques et de féminisme.
À Toronto, j'ai assisté aux débuts de la politique identitaire, issue du féminisme anglo-américain », relate-t-il.
À la fin de son cycle universitaire, cet ancien musulman se reconvertit : « Je suis devenu féministe », affirme-t-il.
Fasciné par les femmes depuis l’âge de 12 ans, il fait de ces dernières le fil rouge de sa vie.
Après ses études, il parcourt le monde et découvre que le féminisme signifie différentes choses d’un pays à l’autre. Selon lui, au Danemark et en Israël, le féminisme fonctionne, alors qu’aux États-Unis et en Angleterre cela crée un retour de boomerang, des tensions, voire une polarisation des rapports entre hommes et femmes.
Fort de son expérience, il souhaite enseigner le leadership féminin. C’est en 2004, à Hawaï, qu’il rassemblera le fruit de son expérience et de ses voyages et formera tout un modèle d’affaires basé sur l’éco-féminisme.
L’éco-féminisme : le leadership au féminin
« J'ai créé une communauté éco-féministe, Hedonisia Hawaii, qui a fonctionné de 2004 à 2018 et qui a remporté un énorme succès », raconte-t-il.
Selon Mojo, l’éco-féminisme c’est, « la connexion entre ce qui arrive aux femmes au travers de l’histoire et ce qui arrive à la nature. Les hommes forent, extraient, coupent, violent l'environnement et l'utilisent de la même manière pour leurs propres ressources », analyse-t-il.
Le lien entre sexisme et réchauffement climatique est pour lui une évidence.
« Le féminisme, c'est le désir d'égalité des femmes. Notre féminisme était très pragmatique », explique-t-il. Leadership et empowerment étaient au coeur de son programme.
Et puis, le 3 mai 2018, l’enfer s’est invité au paradis. « Le volcan Kilauea, situé sur Big Island, est entré en éruption et a détruit toute la communauté et tout le quartier avoisinant », se remémore Mojo,
la voix blanche et teintée de pudeur.
Près de 14 années de dur labeur sont parties en fumée en l’espace de quelques heures. Après ce traumatisme, Mojo se réfugie à Portland, suit une thérapie et finit par digérer le choc en lui donnant un sens : changer drastiquement de vie.
Une leçon de vie
« Le volcan a emporté mon identité et ma place dans la société. Je ne suis pas encore complètement rétabli, notamment financièrement. Je cherche une renaissance différente de ma vie passée », confie-t-il.
L’esprit du volcan le rend aussi plus spirituel. Le message qu’il reçoit :
« Ta vie est détruite pour que tu puisses avancer vers un nouveau chapitre. »
Montréal et la communauté de Montréal CoWork deviendront l’escale inattendue de ce citoyen du monde. Une escale faite de belles rencontres qui lui permettront de faire mûrir ses projets.
« Ici, je me concentre sur mon atelier sur la diversité et la liberté d’expression que j'ai développé après mes expériences. C'est ma façon d'essayer de rassembler à nouveau l’Amérique.»
Mojo réfute la vision américaine du féminisme, « où on se concentre sur la victimisation, la politique et le contrôle du langage ».
À la place, l’entrepreneur mise sur la liberté de parole. « À Hawaï, nous accueillions aussi des gens qui étaient opposés à nos idées : des anti-avortement, des chrétiens fondamentalistes, des Républicains… Toujours dans le respect. »
Mojo remet aussi en cause la vision du capitalisme américain trop porté sur l’argent et investit au contraire dans un capitalisme conscient.
« On peut faire de l’argent en faisant le bien autour de soi. On peut être un entrepreneur et un militant », conclut-il avec assurance.
Crédit article : Hélène Lequitte
Crédit photo : Mojo Mustapha
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