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Ryadh Billèle Kralfallah : être soi-même pour avancer

Les visages de Montréal CoWork

Des rues du quartier de Belleville à Paris jusqu’aux soirées musicales de
jam à Montréal CoWork avec son ami Joël, Ryadh Billèle Kralfallah, ingénieur software pour l’entreprise française Abbeal, refuse les étiquettes et croit dur comme fer à la force des liens humains. Portrait d’un homme pour qui rester fidèle à soi-même est la clé de la réussite.


« Donner la meilleure version de moi-même aux gens », lance Ryadh. C’est
l’enseignement qu’il tire de son père, il y a plusieurs années. C’est ainsi que cet ingénieur software de 33 ans résume sa philosophie de vie.

Saxophone à la main, un large sourire sur les lèvres, les cheveux bruns, le
regard rieur et la moustache en guise de signature, tout le monde connaît
Ryadh, de près ou de loin, à Montréal CoWork — notamment lors des 5 à 7.

Cet épicurien adore connecter avec les autres, mais aussi les rassembler.
Généreux, entier, intègre, et des idées plein la tête, Ryadh est à l’image de son parcours. Du haut de ses 33 ans, il en a fait, du chemin.

Lever les voiles pour aller voir au-delà de la France et quitter un climat
social pas toujours évident, Ryadh se l’était promis et en rêvait depuis
longtemps.
 

Grandir dans « la street » et rêver d'ailleurs
Né au Mans, il déménage à Paris vers l’âge de 10 ans, dans le quartier de
Ménilmontant. Ils sont quatre enfants. Très vite, l’espace devient trop petit, et la famille emménage à Belleville, où il passera toute son adolescence. L’ambiance et les jeunes y sont plus durs qu’en province. « À la cour d’école, c’était plus gentil au Mans, alors qu’à Paris, la compétition est féroce », explique-t-il.


Si « c’est la street », comme il le dit,
c’est aussi l’endroit qui l’a forgé,qui lui a donné la volonté de s’en sortir et de voir au-delà de la grisaille parisienne. Car à l’école, certains jeunes sont préorientés vers des bacs professionnels plutôt que vers des filières générales. Ce déterminisme social, sur fond de racisme ambiant, lui pèse. Lui qui a toujours eu la fibre artistique et la sensibilité qui va avec, il se forge une carapace.

« Mes parents m’ont appris qu’il fallait faire deux fois plus que les autres », se
souvient-il. Ryadh s’accroche, entame des études d’architecture, puis bifurque
rapidement vers l’informatique, dans une école réputée dans ce domaine.
Son choix est né d’une passion pour les ordinateurs, des heures passées devant, mais aussi d’un besoin de se prouver qu’il en est capable.

Le voyage : le passeport de tous les possibles
En 2009, au Japan Expo, c’est le déclic. Un ami lui parle d’une exposition où
l’univers des mangas ouvre une fenêtre sur une autre culture, une autre partie
du monde. « On voyait des gens déguisés en costume, et mon mental a
complètement changé, je voulais être accepté par eux », reconnaît-il.

Une expérience qui le pousse à faire son premier voyage à Tokyo — l’un des
meilleurs de sa vie — et l’envie d’y retourner. Il y retournera encore trois fois.

« Quand j’allais là-bas, c’était une façon de m’échapper. La vie ne se résume
pas à Paris », souligne-t-il. Si l’univers des mangas devient une échappatoire
culturelle, c’est aussi une prise de conscience : il veut encore plus déployer ses ailes ailleurs.

De 2016 à 2018, il travaille pour le groupe Argus, puis se fait approcher et
débaucher par la société Abbeal via LinkedIn. Tout s’enchaîne : c’est le début de l’aventure canadienne.

Montréal CoWork : un point d’ancrage
En 2019, c’est avec un collègue qu’il fait le grand saut vers le Québec, direction Montréal. Ils sont alors les premiers employés d’Abbeal, et c’est en pleine pandémie mondiale qu’ils trouvent leur premier client, à distance. Mais Ryadh est résilient et ne se décourage pas.


Aujourd’hui, la société Abbeal fait partie de l’ADN de Montréal CoWork.
« C’est plus facile de commencer une carrière d’entrepreneur ici, dans un espace de coworking. Ça aurait été différent si on avait eu notre propre local, isolé », reconnaît Ryadh.
En résumé : « Tu as besoin des autres pour avancer », ajoute-t-il.

Si la pandémie frappe fort et que le marché de la tech se durcit, l’heure est à
l’adaptation et aux concessions.

Aujourd’hui, Abbeal en plus de ses bureaux en France,
est établi au Québec et même au Japon. Montréal CoWork, c’est plus qu’un espace de cotravail. « Ici, j’ai rencontré des gens qui ont de la créativité. Ils me ressemblent sur cet aspect, et ça m’a amené à m’ouvrir », confia-t-il.

L’amitié, la musique et l’intuition
C’est notamment le cas avec Joël (Nawej), une figure bien connue de Montréal CoWork. Joël y a travaillé longtemps. Musicien, créateur de mode, animateur, auteur, cet artiste aux multiples facettes n’a pas mis longtemps à sympathiser avec « le moustachio », sobriquet affectueux donné à Ryadh. « Je ne faisais pas de musique avant de le rencontrer », raconte Ryadh.

Leur complicité s’est tissée naturellement au fil du temps, et les bons souvenirs ne manquent pas. « Jusqu’à 3 h, 4 h du mat’, moi j’avais mon jam machine, un autre avait son laptop. On formait des cercles vertueux de créativité et d’eau fraîche », se remémore Joël.

Autodidacte dans l’âme, Ryadh joue du saxophone et du piano. « C’est une
façon de dire les choses autrement », observe subtilement Émilie Lamothe,
amie de Ryadh et génératrice de courant collaboratif à Montréal CoWork.

Aujourd’hui, Ryadh peut regarder son parcours avec fierté. La période où on lui faisait passer 14 entretiens simplement parce qu’il venait d’un quartier sensible est bien révolue.

« C’est en étant toi-même que tu fais des rencontres de folie », résume-t-il.
En résumé, Ryadh a fait de sa différence une richesse et de chaque rencontre une opportunité de grandir.

Crédit article : Hélène Lequitte
Crédit photo : Jordan Jacquier