Depuis 2 ans, Simon Poulin, 35 ans, cofondateur de la plateforme Upside Drinks, plateforme de vente en ligne de vins, bières, mocktails et spiritueux sans alcool voit un changement d’habitudes inédit du consommateur dans son rapport à l'alcool.
Le « Mindful Drinking » ou consommation réfléchie représente un modèle d'affaires lucratif, basé sur le besoin des gens de trouver une alternative saine dans un monde postpandémie.
Mocktails, mousseux au gingembre, crémant de thé, Simon Poulin fait couler à flots la boisson sans alcool. « Je célèbre deux ans de sobriété », peut-on lire sur son compte LinkedIn. Une phrase accrocheuse qui fait référence à une sobriété affichée, mais mal interprétée.
Dans la culture populaire, la sobriété est comprise comme étant une absence d'alcool. Cependant, la définition du dictionnaire explique que c'est une personne qui se comporte avec retenue. C'est le principe même du « Mindful Drinking » ou consommation réfléchie en français. Cette pratique consiste à être conscient(e) des raisons et de la quantité d'alcool que l'on consomme. Être mesuré(e), ne signifie pas être abstinent. Or, depuis cette annonce, les gens réagissent et testent l'entrepreneur lors d'évènements.
« Si je décide de prendre un petit verre, je vais entendre, oh je t'ai vu, oh je t'ai pris, je pensais que tu ne buvais pas ». Une réaction à laquelle il ne s'attendait pas qui le met au défi et l'amène à faire une mise au point nécessaire. « Au lieu de clamer haut et fort que je suis sobre, je vais clamer haut et fort que je suis un « Mindful Drinker »... on ne peut pas changer la définition d'un mot - poursuit-il - et moi j'essaye de le faire en disant ma sobriété n'est pas la tienne », résume ce dernier.
Sa sobriété consiste donc à prendre entre 5 et 10 verres maximum dans l'année et à se mettre aussi dans la peau de son consommateur. « C'est la business qui m'a fait repenser ma consommation à l'alcool », réalise ce Trifluvien, parti à l'âge de 18 ans de Trois-Rivières pour « s'enligner vers la grande ville, HEC Montréal ».
Du chemin il en a fait. À 24 ans, il ouvre son premier café. Fort de son envie de créer et de son besoin de liberté, il devient entrepreneur afin de transmettre aussi un système de valeurs. Pour Simon Poulin, le déclic de l'aventure Upside Drinks, plateforme en ligne qui vend des bières, du vin, des mocktails et des spiritueux sans alcool, s'est produit il y a deux ans. Quand il a commencé à ressentir les bienfaits du sans alcool après un « dry January » ou une diète zéro alcool, post temps des fêtes. « Je ressentais les effets positifs sur mon corps, sur mon mental ... le fait que j'allais beaucoup plus faire du sport que j'aimais mon nouveau train de vie ... j'étais plus heureux au final », réalise-t-il.
À ce moment-ci, lui et son partenaire en affaires sont en plein travail de recherches concernant leur future start-up, de vins et de bières sans alcool. Son partenaire voulait arrêter complètement l'alcool pour raison personnelle, notamment après avoir travaillé comme promoteur et DJ. Avoir le choix c'est important et dans ce cas-ci, c'était quasi inaccessible. « Quand les supermarchés avaient des options, c'était très limité et s'il y avait des options, ils n'étaient pas capables de répondre à la demande. Les étagères étaient souvent vides ».
" Consommation réfléchie plus qu'une tendance, un mouvement".
Ce constat finit de les convaincre et de prendre le train en marche. Aujourd'hui, la vague du sans alcool a le vent dans les voiles et apporte une alternative saine aux boissons alcoolisées. Les chiffres l'attestent, la SAQ (Société des alcools du Québec) enregistre une hausse dans la province de 40%, en décembre dernier, comparé à l'an passé. Les groupes comme Pernod Ricard, Diageo (Guinness, Tanqueray, Captain Morgan, AB InBev (Corona 0%) et Heineken produisent déjà ce genre de boissons.
Depuis déjà plusieurs années, l’Allemagne et l'Angleterre ont été précurseurs dans l'adoption de boissons sans alcool. Au Canada et aux États-Unis, cette tendance prend de l'ampleur avec un marché prévoyant une croissance de 25 % au cours des cinq prochaines années.
Cependant, ce mouvement reste encore modeste, soit 1 ou 2% comparé au marché de l'alcool aux dires de l'entrepreneur. Repenser sa consommation d'alcool devient aussi une question majeure pour chaque génération. « La génération Z (milléniaux) consomme 20% de moins que la génération Y qui elle consomme moins de 20% que les baby-boomers », constate-t-il. Ce virage progressif des consommateurs est plus qu'une tendance, mais un mouvement. Des bars sans alcool font déjà leur apparition : à Toronto, le ZERO Cocktail Bar et à Port Coquitlam en Colombie britannique, le Bevees bar. Certaines villes des États-Unis comme Austin au Texas, Denver au Colorado et New York développent aussi cette culture.
Les priorités changent et la santé mentale est un facteur incontournable depuis la pandémie. Aujourd'hui, après deux ans d'existence, l'entreprise affiche un chiffre d'affaires situé entre 5 et 10 millions par année. L'ambition des deux entrepreneurs est claire, « devenir la plateforme qui va rendre les boissons sans alcool accessibles autant au Québec que dans le reste du Canada ». La prochaine étape après le Canada sera les États-Unis. L'expression qui dit « mettre de l'eau dans son vin » à savoir, revoir ses prétentions à la baisse ne s'applique décidément pas à Simon Poulin et son associé.
Article: Hélène Lequitte
Crédit Photo: Jordan Jacquier.